* Je suis le numéro 6

Il y a des jours où j'ai la prétention d'apporter un peu de lumière aux autres, mais là je ne l'ai pas.
Je fais mes cartons et pars revivre dans mon petit 2 pièces parisien. Je fais 50 kgs et n'ai pas fini la cicatrisation de mon palais artificiel.
Mais je mange presque tout aujourd'hui. Ce n'est plus douloureux. Je n'en profite pas vraiment pour sourire, mais quand ça arrive on me fait la remarque qu'il est très joli. Des gens qui ne savent pas. Je suis donc au cul de l'iceberg dans ce souci là. Le reste repose sur mon endurance et ça j'en ai.
Il me reste à retrouver ces murs et leurs fantômes. Les boutiques, le quartier, les bruits du hall. Repenser les choses, à court terme, j'y veille.
Enfermée pour enfermée je n'ai qu'à m'aménager un coin pour travailler. Un genre de boudoir geek. Me renflouer parce que c'est la merde. Me plonger dans mes bidouilles. Éviter de trop fumer. Penser à manger des pommes et boire du lait entier. Être régulière dans mes soins du soir ... Rester bien ancrée dans le temps.
Ensuite il va me falloir recommencer un suivi kinesio proche de chez moi, parce qu'entre mon corps et moi le désaccord est total et je dois avoir le dessus en toutes circonstances. Une attention irréprochable. Et ça je le gère moyen. Un duel contre son propre corps c'est comme un duel contre l'univers tout entier. Se parler et écouter autrement. Je dois savoir le traiter avec amour mais lui parler avec fermeté ... C'est tout un truc. Et quand on me masse pour le moment il soupir énormément et profondément. Des soupirs longs et plus grands que mes poumons.
[ Elle chuchote: Je vois ton coeur battre au travers de ton t shirt ... ]
Le petit chien va me demander une attention sévère.
J'ai lu sur mon Facebook une phrase de Giono du genre "je me suis suicidé en légitime défense".
Et j'ai eu peur quand j'en ai avalé le sens. La phrase doit être belle, c'est tout.
[ Celle-ci me dit : C'est toi l'équilibre doux, réfléchi. C'est toi qui rend beau, poétise une idée. ça tu vois, c'est toi de vouloir voir les choses belles. C'est génial d'y arriver, mais ça te fout dedans ]
Je vais prendre un train dans pas longtemps. Je pars avec la clef d'une petite maison à flan de falaise face au Vercors. Pas de commerces, pas de wifi, à peine du réseau, au feu de cheminée. Du fromage, un bon vin, un gros pull, un bouquin sur mon appareil photo. Isolement, silence et calme. J'ai envie de dessiner.
J'ai perdu l'action alors je flotte. Entre les soupirs et évènements il y a cette main chaude, plus large que la mienne, qui se pose souvent sur ma poitrine et s'attache à réveiller mon corps petit à petit. La pauvre elle aussi doit se confronter à lui. Alors nous parlons beaucoup, des heures, 14 heures et elle ne lâche pas ma poitrine. Elle aussi elle flotte.
[ Il me dit : Sur le sternum tu vas le sentir, ça va piquer^^ ]
[ Je lui dis : Vas y crames moi ça ;) ]
* Du positif dans l'amertume
Perdre un amour, même fou, ça plombe.
On en meurt tous et toutes. Et puis on a des relations pansements, une vie évaporée, une enclume à l'âme.
Perdre une amie, un genre de soeur, je ne sais pas bien quoi y faire.
Me jeter dans des bras pourquoi faire? Déglinguer ma vie dans quel but?
Je ne sais pas comment faire au final. Je n'ai jamais vécu ça et suis sans référence.
Toute ma vie est presque normale, il y a juste cette petite pointe et ces soupirs profonds depuis 3 mois.
Je me rends compte que je suis immensément blessée.
Et que j'ai une limite à ma tolérence.
Que je ne suis pas sans fond.

