11 mai 2008
[ Fil à la patte ]

Ça te sert à quoi tout ça? De me dire que tu ne m’aimes pas tant, et de me regarder en coin pour voir si je t’embrasse les yeux ouverts ou non. De tenter à faire ta vie autrement mais en comptant sur moi chaque soir, chaque jour pour te parler un peu. Tu fais celle à qui il ne manque rien. La satisfaite de ton sort du « mieux que rien ». Tu ouvres grand tes bras quand je tombe, toujours prête à me donner le max dont je n’ai même pas besoin.
Ça fait peine, de te voir, de te sentir bourrée, déglinguée tous les soirs. À coup d’alcool trop sucré, et d’imaginer tes phrases comme une gamine enthousiaste qui lève le doigt frénétiquement « moi!, moi!, moi madame! » ça donne froid aux os cette disponibilité, cette estime fanatique en étendard. Ça fait de la peine de te voir toujours motivée mais à coté de la plaque. Zélée, qui fait tout pour me comprendre, mais si peu adéquate. Ça rend impuissante de te voir te planter sans arrêt alors que tu me tends toutes les ressources que tu chopes en toi.
J’ai détesté te voir pleurer. Te voir pleurer à cause de toi-même. Sur des constats qu’on se fait tous.
Et tout ce que tu attends de moi. C’est effrayant. Ce gouffre à vertige que je suis sensé combler par mon amitié. Quelle horreur l’amitié quand on est de ton coté. Celui du sens unique odieux, qui devient une fatalité compensatoire vitale. Beuark. Je n’envie pas ton élan premier, toute cette masse de dons que tu portes à bout de bras. Ces minis chutes quotidiennes que tu dépasses un peu plus à chaque fois sans me quitter des yeux. Pourquoi autant? Pourquoi tellement? Comment comptes tu t’en sortir? Dans quel état? En aurais je la responsabilité?
Trop de réalités partout. Je dois faire attention à ce que je te dis. Aux sens de mes mots, de mes gestes, de mes sourires. Être sûre que tu n’interprètes pas ma présence comme un simple oui. Revenir en moi-même pour te dire et redire que non, je ne veux rien. Avoir la tâche de te repousser, te tenir à distance, en respect, ça demande de la concentration tout ça. Et ce « à quoi tu penses » qui me fait atterrir de mes rêvasseries. Ça étouffe. Redescendre comme ça sur terre sans arrêt ça étouffe. « je ne sais pas, écoute mes silences plutôt ». Et tu continues à me demander tellement de conscience que je me cache pour m’évader.

J’ai un peu mal de l’amertume que tu ravales forcément devant une telle issue. D’être la cause de tes déceptions continuelles et silencieuses. Je te vois, prête à tout subir avec la honte de te l’avouer. Je te vois, vivoter à attendre un signe assez cool pour que tu puisses le prendre comme une porte ouverte. Et moi devant toi j’ai l’air d’une porte de prison. D’un truc rigide et égoïste qui fait chier. D’un « à peu près » en mouvement. Je ne joue pas l’insaisissable. Je le suis. Je n’y peux rien. Je ne sais pas comment être autrement. Il y a des poissons qu’on attrape en leur caressant le ventre, mais pas moi. Je n’y arrive pas, à aller vers tout ce que tu offres. Et c’est pourtant tellement dénué d’arrière pensée, de calcul. C’est juste comme un plan sur la comète que tu prends pour une religion.
Et t’attends. Depuis 2004! T’attends. Avec ton petit corps bien foutu et ton sourire tout grand ouvert. T’attends, en sexe attitude, de me voir avoir besoin de toi. Tu fantasmes sur les godes. Tu te vois me choper dans les coins. Tu veux connaître et pratiquer mes vices. Te plier à mes envies photographiques. Et tu sens le troisieme sexe à plein nez, l'enivrant simulacre du jeu. Et ça serait si bien dans une periode où ma libido serait maître. Mais j'ai l'entre cuisse comme un vieux soldat blasé. Alors j'en fais quoi? Comment vais je te dire tout ça?
Et si j’étais un peu moins conne moi aussi. À t’aider à te perdre en te roulant des galoches dés que je te trouves chou. Pourtant je n’aime pas ta façon d’embrasser. Te donner ma bouche. Je n’aime pas embrasser celles qui ne toucheront que mon corps. Leurs lèvres ne devraient avoir que l’odeur du sexe, pas de ma salive. C’est comme ça, je n’y peux rien, je ne contrôle rien et je ne peux pas compter sur ta raison.
Et puis le temps passé va forcément me faire sortir de ma coquille. Ça te rend nerveuse de me sentir parfois tournée ailleurs. Titubante, tu me donnes des avis qui ne sont jamais objectifs. Outre celui de m’avoir un peu plus à toi.
Vire moi cet enclos. Je ne peux pas t’aimer, jamais. Tu as l’alcool moche. L‘alcool bête. L’alcool agressif. Je ne peux pas me mettre avec quelque une qui va moins bien que moi. Qui essaye de m’atteindre aussi par le mauvais. Qui s’avoue vide. Je ne peux pas aimer quelque une comme toi. Ne fais pas de moi ton bourreau. Ça sera toujours plus fort que toi, un bourreau.
Alors n’ouvre pas les yeux quand j’ai la bêtise de t’embrasser, bassement.

"1,2,3 fils à la patte"
Photos: Constip'
10 mai 2008
[ Bonbon acidulé ]

Siouxsie, pixie, She wants revenge, le cône au coin de la bouche. Mes fenêtres sont ouvertes derrière le rideau tiré, le plafond est blanc et le petit chien se love sous mon bras. J’ai une peinture en cours que j’aime abandonner entre les étapes pour poser ma tête sur le coussin du canapé. Étendue, le pied en chef d’orchestre, je n’attends rien, ce n’est même pas une sieste. C’est tout juste agréable ce temps qui passe normalement.
Je regarde le plafonnier qui ne sert jamais et je me suffis à moi-même. Je n’ai besoin de personne, au contraire. J’aurais peur que ça perturbe l’équilibre qui naît. Je ne me touche pas depuis des mois, mon plaisir n’est pas là. Je sens comme une purge, une satisfaction toute nue de n’être que moi.
C’est le printemps. Les cœurs se gonflent. En Bretagne, Quelqu’une m’avoue penser à moi chaque jours, tout le temps, incessamment. Comme ça doit être pénible. Dans le sud, elle se réjouit de me plaire un peu. C’était important de le dire, elle m’a touchée trois jours avant de redescendre. Et il y a moi, au milieu. Je me sens bien, je ne veux rien de particulier, je suis libre du besoin. Le printemps peine à me gagner. Les femmes au bonbon acidulé, ce sera pour plus tard. Je n’ai pas l’envie de m’ouvrir maintenant.
Je préfère rester là à rêvasser sur mon canapé. D'ailleurs, je n'ai rien rangé.
"bonbon acidulé"
Photo: constip'
08 mai 2008
[ Back in bordel ]

Je suis partie si longuement que le retour en est plaisant. Et me revoilà dans mes murs cintrés, trop petits pour ce que j’aimerai y vivre. Alors je bois mon café, les yeux encore bouffis de sommeil, près de la valise éventrée. J’avale mon Seroplex et mon Tercian. J’aimerai avoir l’énergie de tout ranger ici.
Bretagne Nord. Le soleil. Le petit chien qui s’ébat dans l’herbe. Les soirs embués d’irish coffee et l’odeur de l’acrylique. Je dors en sourdine, toujours là où je me trouve. Quelqu’une me parle de son attachement. Elle propose, je dispose. On flirt. Je n’ai ni l’intérêt sexuel ni l’envie au corps, flirter me suffit. L’équilibre se forme dans des échanges fugaces. La suffisance est agréable. Je gère si bien que le temps passe vite, trop. Je dois déjà repartir.
Nantes et les retrouvailles. Catapultée au milieu d’un groupe d’amis. Mes mains tremblent, le Tercian reste dans la poche. Encore quelques cachets et je me retrouve dans la foule entre des chars et des paillettes. Ma respiration se saccade, mes jambes se débinent. On boit des verres dans les bars non fumeur qui sentent la transpiration ou l’humidité. J’ai envie de rentrer depuis des heures et mon départ est aussi nerveux que mon séjour. Je perds deux fois mon billet et passe quatre heures rigides dans un corail sans regarder dehors. Depuis toutes ces années, je ne sais plus si j’aime le train ou si ce n’est seulement que la perspective de changer de place sur une carte de France.
Bordeaux et le sourire naturellement bienveillant de Mé. Je sais qu’il ne peut rien m’arriver vraiment. Nul besoin de me cacher pour prendre mes cachets. Aucune raison de justifier mon temps de sommeil. La liberté de dire si la moindre ombre vient m’habiter. Sur fond de rock je laisse disparaître les moments. Et son motard plein d’esprit me tend la corde du cerf-volant. Je découvre. D’abord la peur d’abîmer ce qui n’est pas à moi. Ensuite la paix que cela procure. Je veux mon cerf-volant à moi. Avoir l’idée de me promener au caprice du vent là haut, plus prés du soleil qui me brûle la peau. C’est si reposant.
Et puis voir du monde depuis si longtemps, perdre la notion de solitude renvoie une sensation d’éparpillement. Et pendant que Mé. m’offre son soutien gorge, il y a cette alarme en moi qui me prévient que je vais rentrer. Je ne sais pas comment me préparer en groupe. J’ai envie, deux jours, de me couper la peau. Comme si ça allait me recentrer sur moi. M’aider à trouver un moyen de me concentrer à l’intérieur. Je ne le fais pas. Le presque besoin est installé mais je n’agis pas. Ça ne me quittera pas jusque mon retour.
Un retour long, interminable et étouffant Un tercian de plus et une petite voix qui me dit « Respire, plus qu’une heure. Ce n’est rien une heure, respire » La porte fermée derrière moi, la valise abandonnée en plein chemin, j’allume une cigarette. J’ai la mine bronzée, pleine de soleil à cerf-volant. Mes joues se sont gonflées avec mon ventre. J’ai repris le poids perdu pendant la période de sécheresse humaine. La psy dit que c’est bien. Que le soleil, l’air libre, la lumière, ça stimule les neurotransmetteurs. Qu’elle n’envisage pas de me faire hospitaliser mais qu’elle voulait bien me faire confiance au point de me donner une ordonnance de deux mois si je lui présentais un programme pour cet été.
Et l’envie de deux toiles dans ma tête. L’envie aussi de travailler les cent dix-sept photos prises de Mé. et son motard qui ont posé pour moi un après-midi. Mais trop de bordel dans ma grotte-cocon. Je ne peux pas travailler dans le bordel que je crée systématiquement comme pour occuper les lieux avec moi.
Et pour commencer ma démarche de rangement, je formate mon pc, sans rien sauvegarder. Le goût de reprendre depuis le début. Continuer à me démunir. Je retrouve mes amis virtuels. Donne quelques nouvelles enjouées de mon séjour loin du clavier. Chaque personne se réjouit de me voir revenir. Je suis partie assez longtemps pour manquer à l’une d’elle. En quelques lignes son attachement à moi se déroule. Je reçois une tendresse presque impulsive, inattendue. Je suis touchée alors que les mots manquent. Je reste malhabile face aux déclarations d’intérêt, impuissante à répondre sur le même ton, et je lis avec parfois un frisson qui me pousse à en rire pour banaliser alors qu’au fond, je n’en pense pas moins.
Je suis rentrée. Il me faut ranger, encore et encore, caser.
Photo: Constip
"huitre cuite"
14 avril 2008
[ Pause ]

Valise : De l’acrylique et de l’huile, les couleurs primaires. Des pinceaux, pas de neufs, mais un peu de tout. Une boite de crayons aquarellables. Les stylos plumes calligraphiques, des crayons taillés HB et B3, avec la gomme blanche et le taille crayon. Un stylo bille 16 couleurs et les feutres à croquis. Un bloc. Un marker de chaque couleur. Quelque sous vêtements, tshirts et affaires de toilettes. Le pied photo. Le disque dur externe. Les connectiques de la psp. Du pain poil âne, des nouilles chinoises à la citronelle et mes médics.
Sac photo: L’appareil photo. Mes papiers, les papiers du ptit chien, de l’argent, mes billets de train. Les clefs, la psp, mes clopes et une boulette. un stylo et le mp3.
Le sac sur le ventre : Le ptit chien, sa laisse et un sac plastique vide.
Le tube en plastique : Quelques feuilles blanches 50x65cm. Le dessin pour Mé.
En bandoulière : Le pc portable, la souris et la tablette graphique. ses connectiques. Une clef usb, un stylo et un magazine sur photoshop.
Aller à la gare, à la banque, au Monop’. Passer chez val boire une bière et fumer un join en écoutant ses recommandations. Une fois à Nantes, ne pas oublier de lui trouver de la bonnotte.
Faire la vaisselle, passer l’aspi, une douche au ptit chien, caser une paire de pompes plus légère.
….
Je vais faire une sieste.
"Chaines"
Photo: Constip'
12 avril 2008
[ Elan du départ ]

Depuis mon heure de réveil, je suis assise devant l’écran lumineux. Rien à dire, rien à faire. Du moins je fais comme si. J’ai des tas de choses à faire, même dans l’urgence. Qui appellent de temps en temps mais voilà, l’énergie n’y est pas. Il y aurait aussi à dire sur ce besoin de ne rien avancer, d’être juste spectatrice de mes moments, décors et émotions. Fumer, manger, dormir. Jusqu’au dégoût. Et la totale absence d’une envie qui sortirait de ces cycles. Un rayon de soleil qui reste froid se présente dans la petite coure, mais ne me donne pas l’idée de sortir. Je reste noyée dans mon bordel alors que je devrais déjà préparer une valise. Elle n’est même pas sortie. Il est question de me faire hospitaliser. Le vide qui me précède annonce une phase plus calme, trop. On essaye un palier. On me rajoute un cachet la matin. Et mes sorties réussies sont des déambulations. Je n’arrive pas à m’enjouer de ma dernière tablette graphique. Je n’ai même pas sorti mon nouveau disque dur externe de son carton. Je n’ose plus ouvrir photos hop à cause de la misère visuelle que j’y installe. Je suis dans ma période grosse-moche-et-vieille. Un genre d’écran jauni par la clope logé devant les yeux, qui filtre tout. Et ça dégouline de nonchalance, de fatigue et d’à quoi bonisme. Je compte sur mon séjour ailleurs pour reprendre des couleurs, pour me reposer d’autres choses que de moi-même. Je compte là-dessus pour respirer l’air de dehors, casser mon rythme, exprimer d’avantage mon humeur. Oublier l’hiver qui n’en fini pas. Je n’en peux plus de ces mains froides, de ces pieds cachés sous la couette, du froid dans le cou. Je vais revoir ceux que j’aime, les sentir près de moi et oublier mes murs, mes bols vides entassés et la poubelle qui dégueule. La petite coure non plus ne va pas me manquer.
"Home"
Photo: Constip'
07 avril 2008
[ Ghost ]

Quand je n’ai pas la satisfaction du temps qui passe sur mon pc. Que mes yeux se posent sur le niveau télévisuel. Que mon joint s’est éteint et pue, oublié au coin de ma lèvre, c’est là que je me vois assise dans mon bordel et ça me fiche une frousse monumentale. C’est pour ça que je n’écris pas plus. Parce qu’il n’y a rien à dire d’une journée qu’on ne vit pas.
Bientôt je vais m’arracher de mon canapé pour respirer de l’air. Mais Dieu que la vie est longue par moment. Quand on la vit comme ça, à moitié là. Pour me reposer je cesse de travailler quelques jours. Je prends le pli.
Je me mute en animal froid, d’un genre immobile. Gouine dans la brume au réveil. Café, un vrai, faut pas déconner. Et les écrans. Pc, télé. Télé, pc. S’allonger, somnoler. Pc, télé, s’allonger, somnoler. Dés que je reprends mes esprit je roule et me repose encore. Je suis prise d’une grande fatigue. D’une nonchalance. Presque de l’ennui.
D’une nuit où il ne se passe rien. Je me suis mise en coquille vendredi. Ça me fait du bien même si ce n‘est pas bien malin. Mais c’est fini, il faut que j’en sorte aujourd’hui.
"Ghost"
Photo: Constip'
02 avril 2008
[ Débloquer et assumer ]
Le coin où je travaille c'est ici
Aprés tout merde, j'assume.
Parce qu'il en est question.
Et si je n'assume pas, j'emmerde le monde entier en retirant ce post plus tard.
"Bilan"
Photo: Constip'
28 mars 2008
[ Ma ville à la télévision ]

Si j’avais une fenêtre qui donne sur la rue, je pourrais shooter les passants par un petit écart entre les rideaux et le rebord. Au lieu de ça, j’écoute parfois le voisin du haut passer l’aspirateur. Ma voisine pisser et tirer la chasse. Les mamies d’en face et leur télé hurlante. Le plus jeune fils du premier pleurer un caprice. Je n’ai aucune vue sur la fourmilière qu’est ma ville que je vois principalement à la télévision. La rue est devenue abstraite.
Je vais bien. Je suis occupée. Je dors douze heures. J’accomplis. Seulement je ne sors pas. Je descends mes trois étages discrètement. Parce qu'on croise plus de monde aux portes des ascenceurs. Je traverse la rue pour me prendre un DVD. Je salue de la main mon épicier, et je remonte.
Je suis sortie aujourd’hui. Ça m’a fait mal au yeux cette lumière dehors. Il faisait bien moins froid que je ne l’ai cru. Les autres ont un teint rosé sur leurs joues. Je les regarde. Ils ne font pas attention à moi. J’ai pourtant l’air d’une aliénée à coté d’eux. J’ai eu envie de rester à l’extérieur. Mais pour y faire quoi? Dans la rue, sans but, je suis perdue et hésite. Je n’arrive plus à penser. Mes jambes tremblent. Je suis juste assez concentrée pour rentrer.
J’ai trouvé ça agréable le dehors. Le mouvement. Les couleurs et la diversité. Je n’ai pas aimé le bruit, le nombre des passants sur mon trottoir, la poussière et l’attention que demande une traversée de quatre voies.
Je dois me reprendre. Sortir. Juste aller boire un café en terrasse, même avec un appareil photo. Mais respirer dehors. Oser montrer ma gueule. Faire comme si c’était normal cette jetée dans la proximité des autres. Et la mienne. La mienne aussi surtout.
J’avance dans tout, sauf là. Je bute.
Depuis mon retour de Bretagne, je ne suis jamais restée plus de dix minutes dehors.
Je reste une taupe parisienne qui fuit les regards.
Je dois sortir de chez moi. Je ne pourrai jamais me sociabiliser en restant sur mes châssis et mes photos.
Je songe à partir encore. Prendre le train. Et m’ouvrir à l’air dont je me prive.
"Marcheuse"
photo: Constip'
24 mars 2008
[ Morphée mal baisé - Acte II ]

Voilà trois semaines que je fais le même cirque. Je sors pour mes rendez-vous psys et rentre me cacher chez moi. Une heure que je vis comme un robot. Mêlée à l’extérieur, je fonce et rentre. De ma fenêtre, j’entrouvre les rideaux et vois les changements d’humeur de la saison.
Je ne dors plus. Comme si mon traitement ne faisait plus effet. J’ai dix idées en même temps. Je baille. Je peins jusqu’à sept heure du matin pour tout recouvrir au réveil. J’ai huit toiles en cours. Quatre photos qui attendent. Du travail à fournir avec une date butoire. Mais je m’éparpille. Je n’ose imaginer mon état sans les pilules.
J’ai des crises boulimiques. Je mange n’importe quoi pendant que mon pinceau trempe. Je zape sur les chaînes de télé en roulant des une feuille pour aller plus vite.
Plus vite. Je ne sais pas pourquoi. Je le sens comme ça.
Je me décale. Me réveille dans un brouillard épais de pue de la gueule et visage fripé. Je me hâte le soir, puis la nuit. Je repousse l’heure du coucher pour parfois juste m’ennuyer. Ma psychiatre me dit que c’est la peur de mourir. Je me sens pourtant bien. Je suis juste … comme … plus lente que le temps.
Deux mois que je n’ai pas ouvert ma boite aux lettres. Mon téléphone fixe sonne tout les jours. Je suis sourde, tranquille et presque sereine. Je suis bien en ma compagnie simple. Même si au final, je me rends bien compte que je brasse de l’air.
Je m’en tape. Je suis libre.
"Méduses"
Photo: Constip'
19 mars 2008
[ Toy sexué ]

Je m’étendais sur le canapé devant le bordel de ma valise que j’ai décidé de ranger. J’allumais une clope devant le gode ceinture sur la table. Je cherchais un moyen de le ranger dans quelque chose pour le protéger. Mon tiroir à chaussettes est l’endroit établi en général.
Et puis je tire sur mon join, affalée, les yeux sur l’objet. Je pensais aux personnes avec qui j’ai pu l’utiliser. Ce qui un peu incongru étant donné qu’on ne regarde jamais son sexe en se remémorant ce genre de chose. Ça doit faire partie de l’identité de l’Objet.
Je me suis souvenu d’une réflexion entendue un jour de la part d’une fille toute fière d’en avoir essayé un. « c’était coooool, on a fait toutes les positions hétéros »
Je suis restée con. Position hétéro. J’ai tiqué. En mon fond, j’imaginais mal un mec faire un cuni à sa nana pour dire ensuite « hé! C’était cooool, j’ai fait une position lesbienne ». Ou encore de la part d’une nana qui sodomiserait son mec me dire « putain c’était coooool, on a fait une position pédée »
Je me souviens qu’à ce moment là j’étais fière à mon tour en me disant secrètement « je ne coucherai jamais avec toi c’est sur. Et c’est aussi rassurant de me dire qu’on ne couche pas du tout avec les mêmes ».
Tout ça pour finalement remettre l’Objet dans mon tiroir à chaussettes.
"Toyeuse"
Photo: Constipulsive

