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Les pluies du mois de Mai font plier les feuilles des Saules, petits et nains, installés à ma fenêtre. Elles me parlent, me racontent, répètent cette impression, ce moment bruyant. C'était comme si je lisais un livre en langue étrangère depuis dix ans, et qu'au moment de finir ses pages, sa dernière, je me rendais compte que ce livre n'était pas le bon, et que c'était ma propre langue, l'étrangère.     Les pluies sur Mai claquent les vitres et me disent "Tu t'en souviens?, Comme je coule le long de ta cour. Inlassablement, glissent et tombent mes gouttes dans le fond, et toi avec, bouffon". Les pluies  de Mai me donnent froid le soir, et toute l'eau dans l'air s'infiltre dans mes fichiers, dans mes tiroirs. Je remonte mon zip, étire les manches longues, et n'écoute pas le gris des toits s'enrouler, malins, autour de mes doigts jusqu'à les geler.      Les pluies du mois de Mai pour les angines du mois de Juin, finissent en trachéo le mois de Juillet, lavent les sols, les couleurs, la chaleur. Dièses et Mi Bémols en Ut, sur mes murs, les cliquetis se chahutent en notes douces et clefs savantes, pendent à l'inifini sous mes paupières qui attendent la pluie de cette nuit, de la suivante, sur les souvenirs de celles déjà finies.     Et ces pluies sont une pièce qu'elles ont pourrie tout autour d'une boite fermée sur trois fois rien de mon souvenir. J'ai bien perdu quelques objets, docus, fringues, feuilles et brindilles depuis, mais je ne suis jamais monté voir si par hasard ça n'était pas dans ce coin. Je ne vais pas dans les pièces uniquement guidées par les pluies.  Par les moyens qui suintent.

Et moi, en pluie de Mai, avec tout ce que j'ai compris d'ici, du bord de ma fenêtre, j'observe les mêmes petites cascades et torrents se rejoignant sur les toits. Les saules, petits et nains, que je protège pour que les pluies ne les noient pas, qu'elles ne s'immiscent et entrent chez moi. Dans mes épaules, dans mon gilet, jusque dans les notes des sons qui me parviennent. Un bruit en tambour, couvrant les pensées sous un froid à raidir les os passant au travers de mes manches.  Je regrette. Je regrette d'avoir promené mes yeux, de m'être intéressé à l'Autre. De m'être intéressée tout court. Je regrette d'avoir répondu, écouté pris en compte. Je regrette d'avoir vécu. A tel point, qu'il n'y a que ces pluies aujourd'hui pour m'en rappeler. Froides, intrusives et bruyantes. A l'image des regrets, dégoulinent sur mes toits, atteindra le sol bien avant moi. Tant ils sont lourds ces regrets là, ceux d'avoir mal considéré les pluies de Mai passées..

 

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