26 octobre 2009
[ La route en face ]

"Masques de femmes"
Peinture: Constip'
Ses yeux sont allumés, plongés dans les miens, elle ne les baisse pas alors moi non plus. Plus je la fixe, plus j'ai un genre de fébrilité dans le corps.
Je tremble. Je suis à deux doigts de rougir. Mes pensées vont à toute allure. Je me sens habitée. Fragile au moindre de ses faits et gestes. Suspendue à la moindre mimique. Et ce chaud dans le ventre qui rassure ... "Ce n'est pas une angoisse Constip', c'est une émotion, un sentiment, quelque chose de vivant". Je dois accepter le vivant dans mon ventre. Que ça bouge. Assumer d'être atteinte, profondément. Ne pas fuir par l'humour ou le dettachement. Me laisser aller. Renverser mon visage en arrière et fermer les yeux. Accepter d'être aimée de cette façon la. Savoir lacher prise et m'en remettre à elle avec confiance. S'en remettre à un tiers, quel flip... Je me rends bien compte que ça fait des années que je fuis cet état fragile. Que je suis raide. Absente. Et que je méprise l'Amour parce qu'il ne m'a jamais rien apporté ... Ou pas ce que je voulais sur le moment. Je ne peux qu'être humble devant ses gestes qui m'entourent. Qui font de moi une femme de nouveau. Une femme ... moi? C'est ma découverte du moment. Je la remercie de m'aimer encore malgré mon cynisme et mon amertume. De vouloir me grandir. De vouloir mon bien. De venir fouiner sous le vernis et le panache que je peux me donner. Je ne la quitte pas de la nuit. Je l'écoute dormir, calée dans son dos, et je sais, je sens que je suis à ma place. J'inspire profondément. Me sonde. Oui, je suis bien et je vais aller de mieux en mieux parce que mon envie de vivre est un moteur incroyable.
Je n'ai pas le soutien de certains de mes proches, mais est ce si utile finalement quand il sagit de se laisser porter par ce qui émane du ventre? D'autres ont peur pour moi, mais pourquoi écouter leur peur quand je tente de ne pas écouter la mienne? ... Et puis il y a les réactions de celles à qui je dis non ... J'assume, les remontrances, les scènes, les reproches, les grincement de dents. J'y suis habituée. J'ai déjà si souvent crevé des coeurs avec ma façon de prendre tout à la légère... Mais je sais ce que je veux. Que l'on se réjouisse ou pas pour moi, je vais là où mon instinct me porte. Parce que j'y crois.
Oui j'y crois, alors je garde mes yeux dans les siens. Je ne fuis pas. Et tant pis cette agitation electrique qui survient tout le temps, c'est ça être en émoi. Je dois cesser de le prendre pour un viol. Je reste face à elle qui me fixe d'un air ... aimant? Même boiteuse? Faible? ... Oui ... Je n'avais pas compris les critiques. Je n'ai pas un problème de faiblesse, mais un souci de sincérité envers moi même. Alors bien sûr que j'y crois, puisque je crois de nouveau en moi. Je les aime ces yeux allumés, qui me montrent autre chose de moi. La Duchesse croit en moi, je dois y croire encore plus qu'elle ... à ma valeur de femme. Et c'est en m'aimant mieux que je peux l'aimer d'avantage.
Et puisque ce n'est plus un exercice impossible, j'ai devant moi la route toute tracée.
J'y fonce, même si j'ai une réelle crampe à l'estomac quand l'intimité monte.
Trop? ... Non justement.
Juste normalement.
